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Vous avez choisi : Et que la chasse commence !
Pour prendre le relais, les coureurs doivent proposer une suite à l'histoire en respectant les paramètres suivants :
Voici où l'histoire en est rendue. Après lecture, proposez-nous une suite dans la zone prévue à cet effet à la fin du texte.
Et que la chasse commence !Chapitre 1
???
Le
compteur tournait comme au ralenti dans la tête de Richard. Cela
faisait déjà vingt minutes qu’il attendait son client en face d’un
vieil immeuble à appartements dans le quartier Côte des neiges. Le
grand nègre qui lui avait dit de l’attendre avait jasé tout au long
de la course qui avait débuté sur la rue St-Laurent, près de
Ste-Catherine, à l’heure de la fermeture des clubs de nuit. « Calice
que ça va mal ! pensa-t-il. Une vrai job de cul ! » Son
beau-frère Jean-Paul lui avait dit qu’il allait faire la passe s’il
prenait le shift de nuit sur son taxi. Son beau-frère venait
d’acheter le permis de taxi qu’il convoitait depuis des années,
mais qu’il avait dû attendre à cause des déréglementations tant
attendues de la part du gouvernement de cul provincial qui niaisait sur
le sujet depuis des lunes. Lui, en bel épais, l’avait écouté. Il
n’avait jamais pensé que le beau-frère était hungry au point
de lui faire faire la job sale à sa place pour pouvoir faire ses
calices de paiements. —
Bon ! Y est
passé où le calvaire de nègre ? Ça va faire ! Il
n’avait plus de patience. Et dire que le shift n’était pas
rendu à moitié. Il n’avait pas l’habitude de laisser partir les
clients sans payer, mais celui-ci lui avait laissé une belle montre en
or qui vaudrait bien sa course s’il ne se pointait pas. Il regarda la
montre en rêvant. Qu’est-ce que ces maudits nègres-là pouvaient
bien faire pour gagner du cash comme ça. « Probablement de
la dope, pensa-t-il. Ces cons-là ont toutes les chances de leur côté.
Toutes les belles femmes, le cash, les bijoux ! Maudit !
Pourquoi chu pas venu au monde noir ? J’aurais p’us de problèmes. » Il
entendit la pétarade familière d’une Harley, qui le passa à fond de
train. Il crut reconnaître les couleurs familières des Devil’s
Choice sur le dos du motard, qui devait bien se taper du 60 mph, en
deuxième, ce qui avait pour effet de faire hurler ses straight
pipes, dont le son se laissait amplifier par l’écho créé au
milieu des immeubles à appartements, tous en hauteur. Il se laissa
bercer par le son de la moto, qui passait en troisième vitesse en
hurlant de plus belle. Pour lui, c’était comme une sérénade au
milieu de la nuit. Il avait eu sa première moto à seize ans, une belle
B.S.A. Royale 500 bleue et rouge 1965. Elle lui avait permis de
s’accrocher aux traces des Devil’s, qui ne laissaient pas beaucoup
de monde s’approcher d’eux, mais il s’était lié d’amitié avec
un gars nommé Jaques, qui allait manger des hot dogs sur la main,
dans le quartier du Red Light et stationnait sa Triumph Bonneville 750
à coté de sa B.S.A. Jaques était mécano et travaillait pour un
garage du coin. Il venait en fait du quartier Rosemont, tout comme
Richard, ce qui était une demi-vérité puisque ses vraies origines à
lui étaient du Lac Bouchette, petite communauté au nord de La Tuque.
La seule chose qui le différentiait vraiment était due au fait que
Jaques faisait partie des Devil’s Choice. Jaques
avait l’air d’un vrai motard comme on les voit souvent dans les
films, le crâne complètement rasé, un énorme anneau en or pendant à
son oreille gauche. Une légende urbaine disait que si l’anneau était
à droite, le gars était pédé. Jaques n’aurait pas voulu que son
image soit entachée d’une telle rumeur. Tout ce qui se rapportait à
l’image. Jaques s’assurait de s’y conformer. Ses idoles, les
motards américains, se chargeaient de lui dicter la marche à suivre à
travers les nombreux magazines auxquels il était abonné depuis son
enfance. La famille de Jaques était composée de plusieurs enfants,
dont au moins quatre frères aînés, que Richard avait pu entrevoir de
temps à autre lors de visites chez Jaques. Ils étaient devenus copains
au fil des mois d’hiver, alors qu’il n’y avait rien de mieux à
foutre que de rêver à la prochaine saison chaude, qui ne durerait guère
plus longtemps que la dernière dans ce foutu pays de merde. Les frères
du motard étaient un sujet de conversation presque tabou dans son
quartier. Tout le monde qui en discutait le faisait à voix basse, car
les qu’en-dira-t-on allaient bon train. Les deux plus vieux disaient
revenir de Californie, mais tous les aînés du quartier savaient bien
que les trois plus vieux avaient hérité chacun d’une sentence de
prison de deux ans moins un jour pour avoir pris part à une bagarre mémorable
à la taverne Papineau, au cours de laquelle un homme était décédé
des suites de coups violents répétés à la tête, qui lui auraient été
servis alors qu’il gisait sur le sol sans défense. Aucun
des aînés du coin ne tenait à publiciser un tel exploit de la part de
leur progénitures respectives, qui avaient participé à ce combat
mortel pour l’un d’eux. Il était donc difficile pour quiconque n’était
pas de l’une ou l’autre des familles impliquées de savoir de quoi
il en retournait vraiment. La seule chose qui était certaine c’est
que le seul à ne pas être allé en prison était celui des quatre qui
lui était réellement parti pour la Californie alors que ses frères se
morfondaient en dedans. La police l’avait cherché pendant un temps
puis avait mis le dossier de côté quand les trois autres avaient plaidé
coupable, écœurés d’attendre leur procès derrière les barreaux de
la prison locale. C’était le seul des frères qui daignait
d’ailleurs lui adresser la parole de temps à autre, lorsqu’il ne
courait pas pour attraper son lunch, avant de partir pour son quart de
travail à la « shop de bouteilles » de la Dome Glass, à la
Pointe-St-Charles. Jaques était le seul qui ne travaillait pas à la
« shop de bouteilles ». Ses frères avaient promis à leur mère
que le cadet aurait un métier et ils s’étaient donc cotisés pour
lui faire poursuivre ses études afin qu’il ait son secondaire trois,
qui lui permettrait de suivre un cours de mécanicien, ce qui convenait
à tout le monde puisque la famille au complet trempait de loin ou de
proche dans le monde de la moto. Un bon mécano était toujours
bienvenu. Ses
souvenirs s’arrêtèrent de défiler lorsqu’il entendit une voix
crier non loin de lui, croyait-il. — Man ! Man !
Aide-moi man ! Il
vit le grand nègre qui s’approchait du taxi neuf de son beau-frère
avec les deux mains portant ce qu’il prit pour un court instant pour
un petit animal blessé. Il dut vite se rendre à l’évidence pour
constater que ce que le grand transportait dans ses mains était plutôt
ses propres intestins, qu’il tentait de retenir à l’intérieur de
son ventre en marchant vers lui à toute allure. « Shit mon char ! »
pensa-t-il en imaginant la tête de son beau-frère lorsqu’il verrait
son siège neuf taché du sang du grand Noir, qui heureusement perdit
connaissance avant de se rendre à l’auto pour s’étaler de tout son
long sur le gazon en avant de l’édifice. « Bon, calice !
Je call les beus, j’ai pas le choix » pensa t-il. Il décrocha
son micro pour appeler le dispatch en regardant autour de lui.
Pas un chat en vue, merde ! Il lâcha le micro pour sortir
rapidement de l’auto, se dirigeant vers le Noir, qui n’en menait pas
large. « Je ne vais tout de même pas perdre le prix du voyage. »
Une heure de perdue déjà et avec les beus, cela risquait de durer
encore pour un bon bout. Il se pencha sur le Noir avec une grimace.
« Ouach ! » Ça puait le calvaire et ce n’était pas
joli à voir. « Mais calice ! Qu’est-ce qu’y a mangé
c’te grand tabarnack-là ? Pouah ! » Il
vit les grands yeux noirs virer sur eux-mêmes et devenir comme blanc
luisant dans le noir, éclairés par la lueur de la lumière de rue, qui
siégeait en haut du poteau de bois planté dans le gazon près du
trottoir. « Wow ! Y fera jamais des enfants forts » se
surprit-il à penser en regardant le pauvre nègre en train de prendre
ses dernières bouffées d’air sur cette planète. Il valait mieux
qu’il se paye avant l’arrivée des renforts. Il se pencha pour
fouiller dans la poche droite du pantalon du mourant, qu’il pouvait
deviner plus épaisse que la gauche. Il plongea sa main pour la
ressortir, tenant une épaisse liasse de billets verts américains.
« Bingo ! » Il jaugea la liasse d’un œil critique
pour en prélever aussitôt quelques billets, qu’il remit aussitôt
dans la poche du Noir, qui venait, semble-t-il, pousser ce qui devait être
son dernier soupir. Une forte odeur de merde et d’urine envahit
l’air au même moment. Il jeta un regard rapide autour de lui et
constata qu’il était toujours seul dans le silence de la rue
Plamondon. Il empocha les billets verts et se pencha une autre fois sur
son ex-passager pour mettre sa main dans la poche gauche du pantalon du
mort, cette fois, et en ressortit un petit sac brun ainsi qu’un bout
de papier griffonné à l’encre de Chine rouge. Il s’en empara
rapidement tout en regardant autour de lui. « Rien ! Bravo ! »
pensa-t-il. Il
s’empressa de retourner à son taxi, qu’il était quand même
content de n’avoir pas eu à nettoyer à cause du nègre. « Mon
beau-frère serait fier de moi, mais il n’en saura jamais rien ! »
se dit-il en lui-même. Il comptait bien garder l’épisode pour lui
seul. Sauf que maintenant, il devait filer avant que la loi de la
moyenne ne joue contre lui et fasse soudain apparaître un con de
citoyen qui dirait aux flics avoir vu un taxi sur les lieux ! Il
n’avait rien à se reprocher, le gars était déjà mort. Ce n’était
pas lui qui l’avait poignardé après tout. Il sauta derrière le
volant, plutôt que de s’y glisser, et embraya le moteur, qui
n’avait jamais cessé de tourner. Il regarda dans ses rétroviseurs
avant de quitter pour s’assurer qu’il était toujours seul et poussa
la « pédale à gaz » au fond pour démarrer dans un
crissement de pneus, qui n’avait rien de discret à offrir, se
disait-il en maudissant ces satanés moteurs 455, 4 barils, que G.M.
mettait dans ses Buick Wild Cat. « Dieu
ait son âme ! » pria-t-il en se disant qu’il devait tout
de même faire une petite prière pour le pauvre con qu’il venait de
laisser derrière lui. « La vie est drôle. Une minute tu est
noir, plein de fric, les femmes s’entretuent pour te sauter sur le big
bambou. Tu festoies jusqu’aux petites heures du matin en fumant de
l’herbe et en sniffant des montagnes de poudre magique, et puis
soudain tu expires dans le parterre d’un bloc minable dans un quartier
minable de cette putain de ville minable, alors qu’un chauffeur de
taxi chanceux se fait la malle avec ton fric en se marrant de ta guigne.
« Merci mon Dieu ! Amen ! » dit tout haut Richard. Il
enfila le boulevard Décarie, qu’il avait atteint en un temps record
grâce au trafic fluide des quelques autos qui subsistait encore à
cette heure matinale. Le chaud soleil d’été commençait déjà à
montrer la bout de son nez. « Quelle
belle journée qui commence ! » pensa-t-il en tâtant le
« motton » d’argent à travers la poche de sa chemise en jeans
délavée. Machinalement il avait passé la montre en or à son poignet
dénudé. Il avait perdu l’habitude de porter une montre depuis
longtemps. « Un motard, ça regarde pas l’heure », se
dit-il. Mais pour une montre comme celle-là, il ferait exception
jusqu’à ce qu’il la vende à son beau-frère, probablement, sans
lui dire d’où elle venait bien entendu. Il jeta un regard vers le
petit sac brun qu’il avait déposé sur le siège à ses cotés. Peut-être
que le sac lui réservait une autre bonne surprise. Il le saurait bien
assez tôt. Il venait d’enfiler la rue de l’Église, à Ville-Émard.
Il ne savait pas pourquoi il avait pris cette sortie en particulier. Sa
tête était ailleurs.
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