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Vous avez choisi : Et que la chasse commence !

 

Pour prendre le relais, les coureurs doivent proposer une suite à l'histoire en respectant les paramètres suivants :

  • L'axe du texte doit être respecté par chaque auteur prenant le relais.

  • Le nombre de pages se limite à trois dans toutes les épreuves.

  • Le nombre de chapitres par livre pourra changer selon la variance des sujets.

  • Un sprint final commencera quatre semaines avant la fin de la course, donnant ainsi l'occasion aux auteurs de prévoir l'écriture d'une fin plausible à chaque bouquin.

  • Les auteurs ont le droit de participer à toutes les épreuves, mais ne peuvent le faire qu'une seule fois par chapitre.

  • Le relais se prendra à chaque semaine, dès que les nouveaux chapitres seront mis en ligne.

Voici où l'histoire en est rendue. Après lecture, proposez-nous une suite dans la zone prévue à cet effet à la fin du texte.

 


 

Et que la chasse commence !

 

Chapitre 1

 

 ???

 

Le compteur tournait comme au ralenti dans la tête de Richard. Cela faisait déjà vingt minutes qu’il attendait son client en face d’un vieil immeuble à appartements dans le quartier Côte des neiges. Le grand nègre qui lui avait dit de l’attendre avait jasé tout au long de la course qui avait débuté sur la rue St-Laurent, près de Ste-Catherine, à l’heure de la fermeture des clubs de nuit.

 

« Calice que ça va mal ! pensa-t-il. Une vrai job de cul ! » Son beau-frère Jean-Paul lui avait dit qu’il allait faire la passe s’il prenait le shift de nuit sur son taxi. Son beau-frère venait d’acheter le permis de taxi qu’il convoitait depuis des années, mais qu’il avait dû attendre à cause des déréglementations tant attendues de la part du gouvernement de cul provincial qui niaisait sur le sujet depuis des lunes. Lui, en bel épais, l’avait écouté. Il n’avait jamais pensé que le beau-frère était hungry au point de lui faire faire la job sale à sa place pour pouvoir faire ses calices de paiements.

 

Bon ! Y est passé où le calvaire de nègre ? Ça va faire !

Il n’avait plus de patience. Et dire que le shift n’était pas rendu à moitié. Il n’avait pas l’habitude de laisser partir les clients sans payer, mais celui-ci lui avait laissé une belle montre en or qui vaudrait bien sa course s’il ne se pointait pas. Il regarda la montre en rêvant. Qu’est-ce que ces maudits nègres-là pouvaient bien faire pour gagner du cash comme ça. « Probablement de la dope, pensa-t-il. Ces cons-là ont toutes les chances de leur côté. Toutes les belles femmes, le cash, les bijoux ! Maudit ! Pourquoi chu pas venu au monde noir ? J’aurais p’us de problèmes. »

 

Il entendit la pétarade familière d’une Harley, qui le passa à fond de train. Il crut reconnaître les couleurs familières des Devil’s Choice sur le dos du motard, qui devait bien se taper du 60 mph, en deuxième, ce qui avait pour effet de faire hurler ses straight pipes, dont le son se laissait amplifier par l’écho créé au milieu des immeubles à appartements, tous en hauteur. Il se laissa bercer par le son de la moto, qui passait en troisième vitesse en hurlant de plus belle. Pour lui, c’était comme une sérénade au milieu de la nuit. Il avait eu sa première moto à seize ans, une belle B.S.A. Royale 500 bleue et rouge 1965. Elle lui avait permis de s’accrocher aux traces des Devil’s, qui ne laissaient pas beaucoup de monde s’approcher d’eux, mais il s’était lié d’amitié avec un gars nommé Jaques, qui allait manger des hot dogs sur la main, dans le quartier du Red Light et stationnait sa Triumph Bonneville 750 à coté de sa B.S.A. Jaques était mécano et travaillait pour un garage du coin. Il venait en fait du quartier Rosemont, tout comme Richard, ce qui était une demi-vérité puisque ses vraies origines à lui étaient du Lac Bouchette, petite communauté au nord de La Tuque. La seule chose qui le différentiait vraiment était due au fait que Jaques faisait partie des Devil’s Choice.

 

Jaques avait l’air d’un vrai motard comme on les voit souvent dans les films, le crâne complètement rasé, un énorme anneau en or pendant à son oreille gauche. Une légende urbaine disait que si l’anneau était à droite, le gars était pédé. Jaques n’aurait pas voulu que son image soit entachée d’une telle rumeur. Tout ce qui se rapportait à l’image. Jaques s’assurait de s’y conformer. Ses idoles, les motards américains, se chargeaient de lui dicter la marche à suivre à travers les nombreux magazines auxquels il était abonné depuis son enfance. La famille de Jaques était composée de plusieurs enfants, dont au moins quatre frères aînés, que Richard avait pu entrevoir de temps à autre lors de visites chez Jaques. Ils étaient devenus copains au fil des mois d’hiver, alors qu’il n’y avait rien de mieux à foutre que de rêver à la prochaine saison chaude, qui ne durerait guère plus longtemps que la dernière dans ce foutu pays de merde. Les frères du motard étaient un sujet de conversation presque tabou dans son quartier. Tout le monde qui en discutait le faisait à voix basse, car les qu’en-dira-t-on allaient bon train. Les deux plus vieux disaient revenir de Californie, mais tous les aînés du quartier savaient bien que les trois plus vieux avaient hérité chacun d’une sentence de prison de deux ans moins un jour pour avoir pris part à une bagarre mémorable à la taverne Papineau, au cours de laquelle un homme était décédé des suites de coups violents répétés à la tête, qui lui auraient été servis alors qu’il gisait sur le sol sans défense.

 

Aucun des aînés du coin ne tenait à publiciser un tel exploit de la part de leur progénitures respectives, qui avaient participé à ce combat mortel pour l’un d’eux. Il était donc difficile pour quiconque n’était pas de l’une ou l’autre des familles impliquées de savoir de quoi il en retournait vraiment. La seule chose qui était certaine c’est que le seul à ne pas être allé en prison était celui des quatre qui lui était réellement parti pour la Californie alors que ses frères se morfondaient en dedans. La police l’avait cherché pendant un temps puis avait mis le dossier de côté quand les trois autres avaient plaidé coupable, écœurés d’attendre leur procès derrière les barreaux de la prison locale. C’était le seul des frères qui daignait d’ailleurs lui adresser la parole de temps à autre, lorsqu’il ne courait pas pour attraper son lunch, avant de partir pour son quart de travail à la « shop de bouteilles » de la Dome Glass, à la Pointe-St-Charles. Jaques était le seul qui ne travaillait pas à la « shop de bouteilles ». Ses frères avaient promis à leur mère que le cadet aurait un métier et ils s’étaient donc cotisés pour lui faire poursuivre ses études afin qu’il ait son secondaire trois, qui lui permettrait de suivre un cours de mécanicien, ce qui convenait à tout le monde puisque la famille au complet trempait de loin ou de proche dans le monde de la moto. Un bon mécano était toujours bienvenu.

 

Ses souvenirs s’arrêtèrent de défiler lorsqu’il entendit une voix crier non loin de lui, croyait-il.

Man ! Man ! Aide-moi man !

Il vit le grand nègre qui s’approchait du taxi neuf de son beau-frère avec les deux mains portant ce qu’il prit pour un court instant pour un petit animal blessé. Il dut vite se rendre à l’évidence pour constater que ce que le grand transportait dans ses mains était plutôt ses propres intestins, qu’il tentait de retenir à l’intérieur de son ventre en marchant vers lui à toute allure. « Shit mon char ! » pensa-t-il en imaginant la tête de son beau-frère lorsqu’il verrait son siège neuf taché du sang du grand Noir, qui heureusement perdit connaissance avant de se rendre à l’auto pour s’étaler de tout son long sur le gazon en avant de l’édifice. « Bon, calice ! Je call les beus, j’ai pas le choix » pensa t-il. Il décrocha son micro pour appeler le dispatch en regardant autour de lui. Pas un chat en vue, merde ! Il lâcha le micro pour sortir rapidement de l’auto, se dirigeant vers le Noir, qui n’en menait pas large. « Je ne vais tout de même pas perdre le prix du voyage. » Une heure de perdue déjà et avec les beus, cela risquait de durer encore pour un bon bout. Il se pencha sur le Noir avec une grimace. « Ouach ! » Ça puait le calvaire et ce n’était pas joli à voir. « Mais calice ! Qu’est-ce qu’y a mangé c’te grand tabarnack-là ? Pouah ! »

 

Il vit les grands yeux noirs virer sur eux-mêmes et devenir comme blanc luisant dans le noir, éclairés par la lueur de la lumière de rue, qui siégeait en haut du poteau de bois planté dans le gazon près du trottoir. « Wow ! Y fera jamais des enfants forts » se surprit-il à penser en regardant le pauvre nègre en train de prendre ses dernières bouffées d’air sur cette planète. Il valait mieux qu’il se paye avant l’arrivée des renforts. Il se pencha pour fouiller dans la poche droite du pantalon du mourant, qu’il pouvait deviner plus épaisse que la gauche. Il plongea sa main pour la ressortir, tenant une épaisse liasse de billets verts américains. « Bingo ! » Il jaugea la liasse d’un œil critique pour en prélever aussitôt quelques billets, qu’il remit aussitôt dans la poche du Noir, qui venait, semble-t-il, pousser ce qui devait être son dernier soupir. Une forte odeur de merde et d’urine envahit l’air au même moment. Il jeta un regard rapide autour de lui et constata qu’il était toujours seul dans le silence de la rue Plamondon. Il empocha les billets verts et se pencha une autre fois sur son ex-passager pour mettre sa main dans la poche gauche du pantalon du mort, cette fois, et en ressortit un petit sac brun ainsi qu’un bout de papier griffonné à l’encre de Chine rouge. Il s’en empara rapidement tout en regardant autour de lui. « Rien ! Bravo ! » pensa-t-il.

 

Il s’empressa de retourner à son taxi, qu’il était quand même content de n’avoir pas eu à nettoyer à cause du nègre. « Mon beau-frère serait fier de moi, mais il n’en saura jamais rien ! » se dit-il en lui-même. Il comptait bien garder l’épisode pour lui seul. Sauf que maintenant, il devait filer avant que la loi de la moyenne ne joue contre lui et fasse soudain apparaître un con de citoyen qui dirait aux flics avoir vu un taxi sur les lieux ! Il n’avait rien à se reprocher, le gars était déjà mort. Ce n’était pas lui qui l’avait poignardé après tout. Il sauta derrière le volant, plutôt que de s’y glisser, et embraya le moteur, qui n’avait jamais cessé de tourner. Il regarda dans ses rétroviseurs avant de quitter pour s’assurer qu’il était toujours seul et poussa la « pédale à gaz » au fond pour démarrer dans un crissement de pneus, qui n’avait rien de discret à offrir, se disait-il en maudissant ces satanés moteurs 455, 4 barils, que G.M. mettait dans ses Buick Wild Cat.

« Dieu ait son âme ! » pria-t-il en se disant qu’il devait tout de même faire une petite prière pour le pauvre con qu’il venait de laisser derrière lui. « La vie est drôle. Une minute tu est noir, plein de fric, les femmes s’entretuent pour te sauter sur le big bambou. Tu festoies jusqu’aux petites heures du matin en fumant de l’herbe et en sniffant des montagnes de poudre magique, et puis soudain tu expires dans le parterre d’un bloc minable dans un quartier minable de cette putain de ville minable, alors qu’un chauffeur de taxi chanceux se fait la malle avec ton fric en se marrant de ta guigne. « Merci mon Dieu ! Amen ! » dit tout haut Richard.

 

Il enfila le boulevard Décarie, qu’il avait atteint en un temps record grâce au trafic fluide des quelques autos qui subsistait encore à cette heure matinale. Le chaud soleil d’été commençait déjà à montrer la bout de son nez.

 

« Quelle belle journée qui commence ! » pensa-t-il en tâtant le « motton » d’argent à travers la poche de sa chemise en jeans délavée. Machinalement il avait passé la montre en or à son poignet dénudé. Il avait perdu l’habitude de porter une montre depuis longtemps. « Un motard, ça regarde pas l’heure », se dit-il. Mais pour une montre comme celle-là, il ferait exception jusqu’à ce qu’il la vende à son beau-frère, probablement, sans lui dire d’où elle venait bien entendu. Il jeta un regard vers le petit sac brun qu’il avait déposé sur le siège à ses cotés. Peut-être que le sac lui réservait une autre bonne surprise. Il le saurait bien assez tôt. Il venait d’enfiler la rue de l’Église, à Ville-Émard. Il ne savait pas pourquoi il avait pris cette sortie en particulier. Sa tête était ailleurs.

 


 

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